Spa tient dans une cuvette boisée de la province de Liège, à la lisière des
Hautes Fagnes. Une soixantaine de sources minérales naturelles sortent de terre
sur son territoire, et c’est de là que vient tout le reste : la réputation, les
visiteurs couronnés du XVIIIe siècle, l’eau en bouteille, et le mot lui-même,
devenu synonyme de bain thermal dans une bonne partie du monde.
L’eau spadoise n’est pas une eau chaude. C’est une eau ferrugineuse et
naturellement gazeuse, que l’on est d’abord venu boire, pas dans laquelle on
est venu se baigner. Le curiste du XVIIIe siècle — on l’appelait ici un
bobelin — comptait les verres qu’il avalait sur un cadran d’ivoire. Cette
origine explique la ville que l’on visite : les pouhons, ces pavillons bâtis
autour d’une source pour en boire l’eau, y sont des monuments, à commencer par
le Pouhon Pierre le Grand.
Deux établissements, deux époques, deux endroits
C’est la confusion la plus courante, et elle porte sur la géographie autant que
sur les dates.
L’ancien établissement des Bains est en bas, au centre-ville, place Royale.
Bâti à partir de 1862 et ouvert en 1868 avec ses cinquante-quatre baignoires,
c’est le grand édifice néo-Renaissance que l’on photographie. Il n’accueille
plus les baigneurs.
Les Thermes de Spa, eux, sont en haut, sur la colline d’Annette et Lubin,
à quelque quatre-vingts mètres au-dessus de la ville. Le bâtiment actuel, conçu
par l’architecte liégeois Claude Strebelle, a ouvert en mars 2004. C’est là
que l’on se baigne aujourd’hui dans l’eau minérale de la ville, et c’est
l’établissement que documente notre fiche.
Entre les deux, un ascenseur incliné que tout le monde appelle le funiculaire.
Il n’appartient pas aux Thermes mais à Aqualis, l’intercommunale qui possède
aussi le centre thermal ; l’office du tourisme annonce 1,50 € l’aller simple et
3 € l’aller-retour.
Depuis juillet 2021, Spa est inscrite au patrimoine mondial parmi les onze
grandes villes d’eaux d’Europe. La distinction porte sur la ville thermale
historique — ses pouhons, ses parcs, ses bâtiments de cure —, pas sur le centre
thermal contemporain.
Il faut enfin distinguer la ville, l’établissement thermal et la marque
d’eau minérale. Spa Monopole, qui embouteille l’eau vendue partout sous le
nom de Spa, est une société distincte : elle détient la concession des Thermes,
mais visiter Spa n’est pas visiter une usine d’embouteillage, et les nombreux
hôtels-spas de la commune ne sont pas les Thermes de Spa.